1er jour au Costa Rica. Mardi 7 février, fin d’apres-midi. Nous passons la douane entre le Nicaragua et le Costa Rica. Nous quittons à chaque pays certaines « habitudes » et en rencontrons de nouvelles. Le passage de la frontière est souvent un avant-goût. Nous nous attendions à être abordé par un vendeur de devises « à la sauvette », en rue, comme dans les autres pays depuis le Mexique. Et bien non. Douane quasi-déserte, présence d’un ATM qui délivre des Colones. Et premiers coups de pédales au coucher du soleil. Nous retrouvons immédiatement une végétation luxuriante, cette nature qui nous fait tellement plaisir et de bien.
En entrant au Costa Rica, l’univers que nous avons côtoyé au bord des routes pendant plus de 3 mois change sensiblement : plus de camions transportants de nombreuses personnes en plus de leurs marchandises (un des meilleurs fut le gardien armé, debout au milieu d’un camion Coca-Cola), plus de vaches, de chevaux ou d’échoppes de fruits au bord de la route, fini les chicken bus colorés (bus locaux surmontés d’à peu près tout, même des poules). Et il n’y a presque plus de motos (transportant cochon, tv, pneu de camion…).
Le Costa Rica est réputé pour la protection des écosystèmes (il a commencé un programme écologique… en 1972 déjà). Et de cette nature, nous en profiterons, elle est omniprésente. Baignades dans des cascades en eaux turquoises. Visites de plusieurs parcs nationaux dans lesquels nous avons eu l’occasion de voir de nombreux animaux (alligators, oiseaux, singes, paresseux, grenouilles, …). Plages immenses et sauvages.
Nous avons aussi roulé de nombreux kilomètres dans des plantations de palmiers à huile. Image moins jolie de ces cultures intensives dans lesquelles, semble t’il, essentiellement des nicaraguayens acceptent de travailler.
Dernier jour au Costa Rica. Mercredi 15 février, 12h05. Nous quittons le havre de paix que nous avions retrouvé, après une réunion zoom de 2h (professionnelle, si si). Nous perçevons tous les deux que la route qui nous mène vers le Panama est emplie de nostalgie. Celle de quitter ce pays, le Costa Rica, et surtout cette face de Dame Nature. Surprise d’ailleurs, quelques kilomètres à peine après notre départ, nous entendons un claquement caractéristique, haut perché dans un arbre gigantesque (l’un rajoutant à l’autre), celui d’un couple de toucans. Nous ignorons si comme le ara rouge (et comme nous 😀), le toucan se déplace toujours en couple. Petit passage par l’appli. « Merlin », téléchargée il y a bien longtemps déjà, en Californie, et qui nous permet d’identifier les oiseaux (il m’arrive parfois de l’allumer très tôt vers 3 ou 4 heures du matin, alors que les oiseaux chantent sans retenue). Bref, ce couple de toucans aura illuminé notre journée plus que tout. Comme quoi une chose simple donne lieu à un émerveillement sans limite.
Nous croisons sur la route un groupe d’une dizaine de marcheurs arborant un drapeau vénézuélien. Réfugiés, marchant avec rien, vers un horizon qui leur semble doré. Malgré tout ils nous sourient, nous encouragent, moment qui nous émeut. Nous apprendrons plus tard dans la journée, qu’un car rempli de réfugiés vénézuéliens et haïtiens (les plus nantis qui ont les moyens de se payer un moyen de transport) a été percuté par une camionnette à quelques dizaines de kilomètres de nous, au Panama, faisant plus de 40 morts.
Entrée au Panama
Même en étant parti très tard, nous roulerons ce jour-là une centaine de kilomètres. Il n’y avait pas vraiment de possibilité de logement intermédiaire. Nous nous arrêtons dans une bourgade sans âme, à une trentaine de kilomètres de la frontière. Ici sera donc notre dernière nuit au Costa Rica. Et comme pour marquer le coup, à peine avons nous trouvé une chambre, et stationné les vélos pour la nuit, qu’au moment de faire quelques courses de nourriture, nous sommes cueillis par une pluie abondante. Elle arrête les passants, submerge la voirie…nous n’en avions plus eu depuis tellement de mois !
Le lendemain matin, il n’en reste que quelques flaques éparses. C’est donc sous un soleil de plomb retrouvé (il faisait déjà 35 degrés à 8h30 !) que nous parcourons la dernière ligne droite vers la frontière. Nous avions lu des scenari incroyables pour passer cette frontière, tous dans le contexte du Covid. Finalement, hormis juste deux « guichets » pour sortir du Costa Rica, nous n’aurons aucune peine à entrer au Panama. Nous nous retrouvons de l’autre côté de la frontière, presque éberlués et déçus de cette facilité.
Ici, la Panaméricaine retrouve deux fois deux bandes, et un accotement (que nous avions perdu au Costa Rica – nul n’est parfait). Dans notre imaginaire, nous serions dépassés sans cesse par des poids lourds roulant sans retenue depuis les Etats-Unis. Il y en a, mais nettement moins que nous ne le craignions. Notre objectif du jour est modeste (il fallait intégrer le passage de frontière, incertain). Il s’agira de David, deuxième plus grande ville du Panama.
Nous y passerons de bons moments mais nous rendons compte que nous n’avons pas la même énergie, que dans les pays précédents, de nous y investir et de le comprendre. Nous le traverserons donc plutôt avec en tête l’objectif d’atteindre le point ultime de l’Amérique centrale! De plus nous avons pas mal de travail d’organisation pour la suite de notre voyage.
Nous profiterons malgré tout, dès que possible de l’océan qui est toujours aussi beau, bordé de plages qui ne sont pas trop urbanisées.
Nous sommes supportés par de nombreux coups de klaxons. Ils seront moins tonitruants que dans certains autres pays, ce qui est plus agréable car nous n’apprécions qu’à moitié le coup de klaxon dans le dos qui nous fait sursauter. Nous sommes aussi filmés ou photographiés par de nombreux automobilistes qui nous frôlent parfois d’un peu près.
Nous devenons experts en contact avec les chiens. Nous avons donc compris que les chiens errants ou traînant le long de la route ne constituent en général pas un danger. Dès que nous en apercevons un, nous cherchons néanmoins un ‘eye-contact’, si nous percevons une fraction de seconde d’étonnement ou de peur chez lui, nous savons que nous avons gagné 😉, il poursuivra son chemin ou même s’écartera de nous. Par contre, les chiens qui jaillissent de leur maison en aboyant sur nous… provoquent …une décharge d’adrénaline. Nous arrêtons de pédaler ou détalons suivant les circonstances, souvent en criant (Bertrand trouvant que Valérie doit être plus assertive dans son cri😂).
L’arrivée à Panama City est impressionnante. Après avoir une journée terrible (la plus terrible de toutes jusqu’à présent, où mille fois nous avons cru nous faire écraser) sur cette panaméricaine 2×2 bandes bondée d’automobilistes revenant de leur we de carnaval, nous montons sur le Pont des Amériques qui traverse le canal de Panama. Ce pont fut, jusqu’en 2004 le seul pont permanent qui reliait l’Amérique centrale à l’Amérique du Sud. Nous sommes poussés par les automobilistes et n’avons que la possibilité de nous concentrer sur la route qui n’est pas de bonne qualité. Il est néanmoins possible d’apercevoir rapidement tous les navires cent mètres sous nos roues. Panama City est telle que nous l’imaginons, gigantesque avec des gratte-ciels nombreux…(pourtant n’y vivent qu’un million de personnes – un/quart des panaméens).
Nous y passerons 2 jours actifs pendant lesquels nous travaillons à l’organisation de la suite du voyage et à l’emballage des vélos pour notre destination suivante😀.
Petit clin d’oeil. A presque 10.000 kilomètres parcourus (9.804), en exactement six mois, nous aurons eu:
- un jeu de pneus HS dans les montagnes rocheuses
- 11 crevaisons (Bertrand en a une de plus)
- un disque de frein voilé
- 3 jeux de plaquettes de freins (vive le frein regène de la roue moteur)
- la perte d’une certaine quantité de boulons et d’écrous sur nos remorques (suite aux secousses de la route/piste)
Nous aurons aussi grillé une batterie, changé une autre déséquilibrée, et cassé une pompe à pied.
Nous aurons plié l’armature d’un panneau solaire (que nous avons pu faire redresser et renforcer).
Valérie aura été méchamment mordue par un chien.
Nous aurons été arrêté par un shérif dans le Montana et par un bandito à la sortie du Salvador.
Nous aurons eu deux chutes (Valérie, les premiers jours, dans le Montana, Bertrand le dernier jour en Amérique Centrale, avant Panama City, éjecté dans le fossé par une voiture et un bus – grosse frayeur).
Nous aurons été dépassés (frôlés) par des dizaines de milliers de voitures, camions, motos, etc.
Nous aurons croisé peu de cyclistes (mais en suivons pourtant sur les réseaux sociaux).
Et surtout, nous avons croisé des centaines de milliers de regards et sourires.
Nous avons roulé environ une centaine de kilomètres par jour (nous pensions avant le départ plutôt 80). Soit 1.650 kilomètres par mois, en moyenne. Et cela correspond pour nous à deux tiers du temps de vélo et un tiers de repos ou visites.
Et la suite de notre périple ?
Nous avons donc décidé de parcourir l’Amérique du Sud, du sud au nord, afin d’éviter l’hiver austral en Patagonie. Choix que nous savons moins favorable par rapport à l’orientation du vent mais nous sommes impatients de découvrir cette partie du continent américain😀🤩! A suivre
Merci de prendre le temps de ces récits… En vous lisant, je me sens comme dans un film: moments qui rassurent, transportent, émerveillent, donnent de la joie… et puis d’autres où je me sens en grande compassion: ces camions et autres véhicules qui vous frôlent (voire vous éjectent 😱), ces atmosphères oppressantes des villes, ces crevaisons, et autre batterie grillée, ces chiens dont il faut anticiper la réaction… Je vous sent heureux, prudents, persévérants, résiliants, communiquants, anticipants, organisés … ; Vos 5 sens de + en + aiguisés, affinés, savourant le bon et tirant des enseignements de vos expériences plus difficiles. Vos photos sont pleines de vie et que c’est bon de voir vos bonnes petites bouilles! Je vous souhaite que cette aventure continue à vous nourrir et à renforcer toujours plus votre relation. Super hugg! PS: je peux quand même vous dire que j’ai très envie de vous revoir ? À la joie de vous lire encore, Marou
Fabuleux votre voyage ! Je suis très admiratif.
Hello Valérie, hello Bertrand,
these are Claudia and Andreas from Germany. We met in Hosteria Lago del Toro in Torres del Paine! Very nice to read your blog and all of your adventures.
We are now in Costa Rica: Pura Vida! 🙂 We hope your received all your gear now and are on your way north!?
Let’s stay in contact. It was very nice talking to you.
Cheers and take care
Claudia and Andreas
Hi,
Nice to read you and hope you enjoy Pura Vida for the following weeks. It was also a pleasure to discuss together.
Yes, we received part of our stuff and left Punta Arenas yesterday. Direction somewhere in the North 😅. Wind in our face (nothing unknown…). Did you see pumas ?
Hi,
no Pumas in Patagonia 🙁 But we saw a lot of Guanaco bones at the coordinates where our friends saw them. So they were around for sure!
And yes, we enjoy Costa Rica a lot – totally different from other countries – hearty people, very good food, very, very different and diverse fauna and flora. Sadly in 2 weeks our year of traveling is over. But we also are looking forward to home and our kids.
Let’s keep contact ().
Cheers
Claudia and Andreas
Tu as raté ta vocation de narrateur! Jolie plume et superbes clichés !
Bonne continuation à vous 2 et profitez de cette expérience unique .
Bisous
On s’évade un peu à chacun de vos incroyables récits toujours aussi INCROYABLES, merci merci merci!!!
On attend impatiemment la suite des aventures des SUPER WARRIORS que vous êtes.
Hasta la vista 🙂
Julie
Mon lundi commence bien avec ce beau reportage.
beaucoup de choses simple = beaucoup de bonheur
bonne continuation !
Bravo
Très beau reportage
Bon voyage
Abrazo
François
Vous êtes incroyables ! Merci pour vos récits et photos sublimes ! On aurait rêvé vous rejoindre au Costa Rica ;o) Bonne Aventure pour la suite cela va être un grand renversement de climat, non ? Un bisou à chacun, Caro et GerY