Nous quittons La Paz comme nous y étions entrés, par l’avenue des Nations Unies, qui sillonne lentement sous l’autopista et les téléphériques. Nous laissons El Alto dans notre dos, par l’autopista 2 jusqu’à la frontière Bolivie/Pérou.
Comme souvent, nous passons l’immigration une dizaine de kilomètres avant la « ligne » de frontière. Nous réveillons un des deux douaniers, l’autre étant absorbé par sa lessive (qu’il a finalement délaissé pour s’occuper de nous). Et ensuite ici aussi et comme ailleurs, la crête montagneuse sépare les deux pays. Un chemin empierré en assez mauvais état conduit jusqu’à la ville frontière, à 10 km. Celle-ci est marquée par le « terminus » des truffis boliviens (« tout le monde descend ») et de l’autre côté le « terminus » des collectivos péruviens, que séparent la boue et … une chaise en bois !
Juste avant la « frontière », une femme adossée à un pupitre d’écolier, aussi en bois, version années ’30, avec rabat, fait office de bureau de change. J’en profite, afin d’avoir des soles avant la nuit. S’ensuit une longue descente, aussi d’une dizaine de kilomètres, vers la première ville péruvienne, Tilali, et le point d’entrée officiel au Pérou. A 18h, nous étions les premiers « clients » du douanier, que nous sortons de son jeu vidéo.
Nous trouvons assez facilement un logement « en ville », et heureusement car la nuit nous surprend (nous avons de nouveau changé d’heures). Heureuse surprise, notre hôte est la pharmacienne. Le lendemain, nous en profitons; comme elle nous indique avoir une moyenne d’un patient par jour, sa journée sera comblée dès 8h !
Le versant nord du Lac Titicaca nous attend, nous avons choisi de contourner Copacabana (bolivien, à ne pas confondre avec sa grande sœur brésilienne), et d’éviter Puno, trop grande ville. Les échos partagés avec d’autres cyclistes nous attiraient vers les villages ruraux de la rive nord.
Cette région est aussi celle marquée par les troubles politiques en décembre 2022; il subsiste des stigmates, tels que des restes de barrages routiers, points de péages autoroutiers ou bureaux du ministère des finances incendiés.
Nous longeons le lac, et aboutissons en pays aymara, chez Félix (!).
Notre hôte nous y accueille chaleureusement, avec son épouse (notre cuisinière pendant les 2 jours passés là) et sa mère centenaire. Ils sont aux petits soins et font tout pour que nous nous y sentions « comme à la maison ». La campagne traversée la veille à laissé beaucoup d’images. Nous les assimilons dans un transat au soleil de midi. La nuit, les températures chutent toujours négativement. Nous partageons cet endroit les pieds dans l’eau, et nous nous initions à l’agriculture locale (papas, évidemment, avoine, quinoa, etc). Félix et sa famille vivent sur ces mêmes terres depuis plusieurs générations. Le sourire de Félix, son empathie, ses efforts pour nous parler doucement font de ces moments un ressourcement.
Nous quittons ce havre de paix, et prendre la direction de Cusco. Ces 300 km nous replongent dans l’ère moderne: les abords de la première grande ville, Juliaca, sont jonchés de détritus sur des dizaines de kilomètres (les langes semblent le détritus le plus abandonné !). La ville elle-même est sale, insécurisante. Nous ne nous attardons pas. Le reste de la route vers Cusco nous indispose. Nous découvrons la conduite cahotique des péruviens (souvent la main sur le klaxon, nous frôlant fréquemment). Et le deuxième point d’accroche sont les attaques incessantes de chiens. Au début, nous y faisons face armés d’une pierre, et d’un bâton, que nous degainons à chaque attaque.
Ces éléments nous empêchent au début de profiter pleinement des paysages.
Avec le temps, nous comprenons que le comportement des automobilistes semble juste destiné à prévenir qu’ils sont là. Quand aux chiens, et selon les conseils d’autres cyclistes, nous changeons de tactique et nous arrêtons, le temps nécessaire à ce que le chien ait son attention détournée de nos mollets. Un comportement qu’il n’est pas simple d’adopter au début, et qui finalement est payant.
Les automobilistes, comme dans d’autres pays, nous avons renoncé de tenter de les éduquer. Nous prenons les mesures habituelles de présence (gilets jaunes, leds clignotants sur les remorques, drapeaux, etc). Nous attendons juste avec impatience les routes moins fréquentées en montagne, après Cusco.
Cusco justement, la capitale de l’empire inca. Nous y étions venus il y a presque vingt ans et décidons cette fois-ci de profiter de la ville pour nous reposer. Il n’y a donc pas de visites (trop) touristiques au programme (ni Machu Picchu, ni vallée sacrée, etc). Nous sommes là lors de la Fête-Dieu, le 8 juin, et profitons de la ferveur populaire et des processions.
Nous avons aussi le plaisir de revoir Michel, déjà croisé à deux reprises, et qui nous suit (en backpacker, dans un autre itinéraire). L’occasion renouvellée de partager de bons moments, une bonne table, et une balade à Sacsayhuamán, dominant la ville (la tête du puma, forme de la ville donnée par les Incas).
Nous voilà prêts (?) à affronter la suite de la Cordillère des Andes, dans sa partie la plus haute et la plus accidentée.
WAWWWW ! époustouflant. Ca donne envie 😉
Profitez bien de tous ces instants magiques.
MAGIQUE est le premier mot qui me vient ! Ces photos sont sublimes (tout autant que vos talents de narrateurs) merci pour ce « reportage découverte » si coloré et lumineux, à (tout) bientot 🙂
Tous ces beaux paysages, ces couleurs et cette lumière sont magnifiques👌. Vous gagnez en expertise et tactique pour le volet « attaque de chiens » , j’espère que cela va se calmer pour vous délivrer de ce stress permanent 🙏🙏🙏💪.
🤞🙏💪💪
Nous sommes devenus de vrais spécialistes !
Superbe pays où j’ai randonné en 1994 pendant 4 semaines avec mon fils Geoffroy. Rien à voir avec votre magnifique périple mais j’en garde un souvenir extraordinaire surtout du lac Titicaca. Et Taquile!
Vos photos sont superbes. Bonne continuation.
Merci Bernard. Nous étions aussi déjà venus au Pérou il y a 20 ans. Les choses ont bien changé. Même si les Andes restent les Andes. Nous nous sommes habitués à pédaler en (tres) haute altitude. Nous ne nous faisons toutefois pas à d’autres aspects (comme les attaques incessantes de chiens que suscitent le passage des vélos- cela devient insupportable, dans chaque village !).
La vache, on en prend plein les yeux. Les cieux sont vraiment impressionnants. Valérie a toujours un sourire lumineux!
Merci Augustin. Oui, nous en prenons plein les yeux. La lumière est d’une pureté incroyable. Et comme au moment d’écrire ces lignes, nous sommes toujours un peu en « décalage » par rapport à notre précédent article, nous sommes maintenant au cœur des Andes et en prenons aussi plein mollets (tous les jours, nous oscillons entre 3800 et 4600 mètres)