Cette route est mythique pour de nombreux cyclistes et nous pensons que c’est tout à fait justifié. Longue de 1240km, elle a été construite sous Pinochet (commencée en 1976 et inaugurée en 1988) pour permettre d’atteindre les zones les plus au sud du Chili qui n’étaient jusque là accessibles que par la mer. Nous l’avons commencée par le sud, une portion de 360 km qui n’est pas encore pavé. Comme le ruissellement de l’eau qui s’écoule… le bruit du ripio qui s’écrase sous nos pneus et nos coups de pédales rythme le trajet. Nous nous habituerons au fil des kilomètres à ce type de revêtement, à contourner les trous ou éviter tant qu’il est possible la tôle ondulée. Heureusement, nous avions changé nos tiges de selles, et remplacées par une tige contenant chacune un petit amortisseur (au passage, un peu de pub – gratuite – merci Redshift 😊). Notre dos encaisse donc bravement. Nos mains, elles, ne cessent de trembler, nos avant-bras, nos épaules, notre nuque, rien n’y échappe.

Les pentes raides (plus de 10%) en gravier restent difficiles. Nous devons pousser les vélos et ils sont bien lourds. Nous devons enlever les sacoches, les porter quelques centaines de mètres plus loin, et venir rechercher les vélos.
Parfois, pas de chance, nous passons juste derrière la lame qui racle la piste et ramène les cailloux au centre. Bon, d’accord, il n’y a plus ni nids de poules, ni monticules. Par contre, la terre fraîche mélangée aux graviers/plus ou moins gros cailloux, rend la route impraticable. Lorsque la côte fait plus de trois kilomètres, avec des passages « tout frais » entre 15 et 20%, il nous faut une heure pour la franchir.

Nous avons la chance d’être en fin de saison, il y a donc beaucoup moins de circulation qu’en été. Nous pouvons donc avancer à notre rythme, et ne serons que peu encombrés des nuages de poussière soulevés par les automobilistes ou camions. Lorsqu’enfin nous retrouvons le macadam au sud de la montagne du Cerro Castillo, nous fêtons ce moment et ce béton retrouvé.

Dans le choix de l’itinéraire , nous hésitions entre la partie Argentine de ce début andin, ou la partie chilienne. La partie argentine est plus exposée aux vents, la Carretera australe étant quand à elle réputée pluvieuse. Nous avons eu de la chance; car notre première semaine se passe sous le soleil. Après ces magnifiques journées ensoleillées, il nous a tout de même fallu affronter la pluie de cette partie de la Patagonie. Nous aurons 2 journées plus difficiles avec pluie, vent et même un peu de neige lors du passage d’un col. Et évidemment à ce moment, il s’agit d’ un passage où le béton a tiré sa révérence en cédant à nouveau la place au ripio.

Nous sommes impressionnés par les conditions de vie dans cette région.  Le climat est rude, les distances énormes, les habitants sont si isolés.  Les maisons, elles, par contre, ne sont pas isolées: simple vitrage, juste un poêle à bois, eau chaude à certaines heures.  Heureusement les lits sont douillets et nous nous endormons sous une tonne de couvertures bien chaudes. Nous avons eu la chance de passer plusieurs nuits dans des logements de type « Refugio ».  Ceux-ci sont tenus la plupart du temps par des fermiers (principalement éleveurs dans cette région) qui accueillent des campeurs. Et ils ont aussi une cabane aménagée dans laquelle il y a un cuisinière, une salle de bain avec de l’eau froide et une grande pièce.  Quel bonheur d’être « au chaud » à cette saison (un abri fermé, malgré tout hors d’atteinte du vent ou de la pluie, moins du froid). De plus, ces personnes sont en général heureuses de partager ce qu’elles vivent. Et d’ailleurs Bertrand serait prêt à adopter certaines de leurs habitudes, dont le port du fameux boina (berret traditionnel).
Nous sentons l’hiver approcher ici, les nuits sont glaciales . Certains magasins, restaurants, campings ou hostels sont déjà fermés pour la fin de saison.

Les paysages sont tout simplement superbes. Chaque jour, nous nous réjouissons de découvrir de nouvelles rivières aux couleurs impressionnantes, une suite de lacs, des vallées bucoliques , des sommets enneigés, ou des nuages supendus, … les photos parlent d’elles-mêmes.

Nous avions oublié un élément en décidant de parcourir l’Amérique du Sud, du sud au nord, le soleil étant au nord le midi, nous continuons, comme dans l’hémisphère nord, à avoir le soleil dans la figure la plupart de la journée (vous avez suivi?😉). Résultat des courses, nous continuons à utiliser une quantité importante de crème solaire, nous devons accepter une marque de lunettes que nous garderons pendant de longs mois (si pas plus) et surtout, nous continuons à devoir nous retourner pour ne pas faire des photos en contre-jour😏. Et finalement, pour la recharge solaire de notre panneau ce n’est pas l’idéal, notre tête faisant de l’ombre sur le panneau solaire en milieu de journée. Seule consolation de charge de nos panneaux, le niveau UV étant un des plus élevés au monde, la qualité de la charge des panneaux est assez bonne.

La Carretera Austral attire aussi beaucoup de motocyclistes. Il est toujours bien sympa d’en croiser. Leurs casques nous empêchent d’échanger un sourire mais nous nous échangeons la plupart du temps des signes de la main encourageants. Petit clin d’œil spécial pour Raphaël, motocycliste du Brésil qui fait un tour de l’Amérique du Sud et va jusqu’à Ushuaia. Il a rencontré un chiot il y a quelques jours, celui- ci l’a adopté, il a donc décidé de l’emmener avec lui… en le portant contre lui dans sa veste lorsqu’il roule. J’espère qu’il ne va pas trop traîner en route car Patagonia (c’est comme cela qu’il l’a baptisé) deviendra bien grand pour rentrer dans sa veste.

Nous avons eu quelques petits problèmes techniques suite aux nombreux kilomètres de ripio. Un des montant en aluminium de la structure du panneau solaire de Bertrand s’est rompu. Nous trouvons un premier artisan (une gomera, cad en fait une casse de voitures) qui nous le répare. Malheureusement, cette réparation ne tiendra que 200km. Plus loin, nous trouvons un nouvel artisan qui nous fait cette fois une réparation robuste en aluminium. Nous sommes impressionnés comme il est plus facile de trouver ce type d’aide que dans nos régions. Nous devrons aussi resouder un connecteur électrique. Un de nos hôtes avait un fer à souder et s’est fait un plaisir de nous aider.

Comme dans beaucoup de régions que nous avons traversé, nous constatons que le pickup est certainement la voiture la plus utilisée (en dehors des villes).  Il est amusant de constater que suivant les régions, son usage est différents.  Au Montana, ils transportent des quads ou Atv,  en Oregon un kayak, en Californie (là il y en a moins) un vtt.  Au Mexique tout y est transporté, la famille (certains y on même droit à un siège de jardin adossé à la cabine).  Au Guatemala, beaucoup de propriétaires semblent l’avoir acquis il y a peu, le pick-up est donc lavé, équipé, modifié, etc. Au Costa Rica et au Panama, il n’y en a pas.

Ici en Patagonie, ce véhicule est indispensable et surtout utilisé pour transporter des bûches, à cette période de l’année.

Nous sommes heureux d’aller vers le nord et de retrouver un peu de chaleur.  Il est loin le temps de nos arrêts « glucides » du matin d’ Amérique centrale où nous nous baignions dans l’ océan 20 à 30 km après le départ pour nous rafraîchir.  Ici, nous nous adaptons aux conditions météo et il nous arrive donc de faire 60 km le matin sans s’arrêter car il fait froid.😩

Finalement nous décidons de quitter la Carretera Australe environ 300km avant d’arriver à son point le plus au nord (Puerto Montt). Il semble que cette partie est moins intéressante et nous avons tout à coup envie de rouler un peu vers le nord-est pour passer en Argentine et rejoindre la régions des lacs de Bariloche.

Nous quittons la Carretera macadamisée pour retrouver la piste en ripio en Argentine.

4 Replies to “Carretera Austral”

  1. J’ai que de l’admiration pour vous !
    en plus ce que vous écrivez n’est qu’un chapitre minuscule de tout ce que vous vivez …

  2. Quelle puissance dans vos récits, c’est juste magistral et à la fois j’imagine que chacune des poussées de vos bécanes sous pluie et vent, marque en vous de l’intemporel, des instants qui seront par la suite, vous accompagneront où que vous soyez. Vous devenez de plus en plus le monde, des citoyens du monde, des cyclistes ambassadeurs de notre belle terre et des humains qui l’habitent. J’espère qu’à votre retour nous aurons vraiment le temps de nous déposer dans vos récits. Merci pour cette aventure, elle participe à ce que nous souhaitons dans la qualité, la présence, le dépassement de soi, l’inattendu, le désiré pour le monde d’aujourd’hui et de demain. Avec toute mon amitié.

  3. Valérie et Bertrand, quel plaisir de suivre votre prériple. J’ai vécu au Chili il y a 25 ans, et je me souviens bien de mon passage par la carretera austral en stop à l’époque. Elle n’a d’ailleurs pas bcp changée. Je vous conseille de passer par el ‘Lago de Todos los Santos’ et et de dormir sur les flans du volcan ‘Osorno’. J’en garde un souvenir magique. Bon trip.

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